Rumeur dans les confins
Et si il y avait quelqu’un à l’extérieur ? Comment faire ? Comment dire ? Allons. Voilà que j’étais bientôt aussi emprunté que ce tas de ferraille qui me protège du monde. Et à quoi servait donc ce harnachement qui me lâchait au pire moment ?
Jour indécis. Vent sur le sable. Il fait plier les herbes longues dans les dunes et les cheveux sur la tête. Encore assis devant le grand fracas liquide et la grande affaire de toute cette eau qui ne s’arrête jamais. Profitant de la tristesse du ciel, je suis sorti sans armure pour rire un peu sous la pluie.
Il y a quelques jours de ça, elle a grincé vous savez, mon armure, elle s’est ébrouée. Une lueur un peu vive, l’éclat d’un rire ou un bruit sur le chemin lui aura fait croire à une visite et mise en branle. Elle n’avait pas bronché depuis si longtemps que c’était pitié de l’entendre geindre et soupirer ainsi, à ne plus savoir comment faire. Dans l’instant, mon cœur a fait un bond et fébrile sans raison, je me suis fait beau, pour l’occasion. On ne sait jamais laquelle n’est-ce pas ? Les rencontres sont devenues rares et je reçois trop peu. Et si il y avait quelqu’un à l’extérieur ? Comment faire ? Comment dire ? Allons. Voilà que j’étais bientôt aussi emprunté que ce tas de ferraille qui me protège du monde. Et à quoi servait donc ce harnachement qui me lâchait au pire moment ? J’ai bien observé par les hublots et j’ai guetté en tremblant, immobile, l’oreille tendue, vous imaginez. Mais bien sûr, c’était une fausse alerte. Et tout est resté silencieux. Dehors la vie continuait sa routine. Pourquoi d’ailleurs quelqu’un se serait-il mis à m’attendre à l’extérieur ? Ce ridicule m’encombre parfois.
Un insecte furtif escalade le bout de ma chaussure avant de s’éloigner. Il ne m’a pas vu, ou bien je suis trop faible pour être une menace. J’aime bien la pluie. C’est une bonne amie. Elle me nettoie du ridicule et des espoirs idiots. Mais je devrais rentrer bientôt. Il n’est pas prudent de rester dehors si longtemps.
